dilluns, 18 de març de 2019

A propos de diagnostic, de folies et de mensonges

(Article non publié par Le Figaro, en réponse aux commentaires de Charles Jaigu à propos de la Catalogne)

En ces temps où les auteurs de fake news peuvent devenir président et même être nominés pour un prix Nobel de la paix, il devient de plus en plus urgent que les médias qui se veulent sérieux cherchent à établir des systèmes de vérification des informations qu’ils publient. Le scandale de Claas Relotius, journaliste vedette qui a bâti sa carrière dans le prestigieux journal Der Spiegel sur la base d’innombrables mensonges, prouve, s’il était besoin, que même la presse la plus prestigieuse peut publier des absurdités monumentales si elle néglige le devoir de confirmer et de croiser les informations qu’elle publie.
L’article “Pourquoi le catalogue est devenue folle” de Charles Jaigu (Le Figaro, 21 février) est l’un de ces textes qui minent la crédibilité d’un média. Son problème n’est pas tant le ton arrogant, insultant et mâtiné de racisme avec lequel l’auteur s’autorise à qualifier la société catalane de folle, d’obtuse ou de sectaire. Ceci, après tout, pointe davantage l’auteur lui même, que non pas l’objet de son analyse. Le problème est que les “données” utilisées par l’auteur sont fausses, que ses citations sont manipulées et que ses interprétations ne résistent pas à la moindre analyse.
Pour ce qui est des données, il suffit du premier paragraphe de l’article pour constater que M. Jaigu n’a pas la moindre idée de ce dont il parle. Quand il dit que l’espagnol “est interdit” dans les universités catalanes, il ment, tout simplement. N’importe quel internaute peut le vérifier sur les sites des universités catalanes. S’il le fait, il constatera que l’espagnol n’est pas seulement officiel, aux côtés du catalan, mais que c’est aussi la deuxième langue la plus utilisée. Quand Jaigu affirme que “poser une question dans la rue dans la langue de Cervantes vous vaudra des regards courroucés” confine au ridicule, au vu de toutes les statistiques disponibles qui indiquent que la moitié de la population de la Catalogne affirme vivre habituellement en espagnol. Mais quand il dit “Nulle part vous ne pourrez voir un film en espagnol au cinema”, l’auteur se place sur le terrain du délire. Un simple coup d’œil aux films à l’affiche à Barcelone (par exemple, https://www.guiadelocio.com/barcelona/cine) suffit à constater qu’aujourd’hui en Catalogne, il est difficile de trouver des films en catalan. J’imagine qu’il est inutile de continuer. Aucune des “informations” de son article ne résiste à une simple confrontation avec la réalité.
Même les citations qu’il fournit sont erronées. Jaigu affirme que le président catalan Quim Torra aurait écrit un article dans lequel il aurait dit [en catalan] : “Les Espagnols sont serpents, vipères, hyènes. Des bêtes à la forme humaine, cependant, qui savourent une haine brillante. (…)”. Que dit en fait le texte original de l’article “La llengua i les bèsties” (La langue et les animaux) ? : “Maintenant, regarde dans ton pays et vois à nouveau les animaux qui parlent. Mais ils sont d’un autre type. Charognards, vipères, hyènes. Mais des bêtes à forme humaine, qui distillent la haine. “Où est donc le terme “les Espagnols” ? Nulle part. Pourquoi ? Parce que l’article ne fait pas référence aux Espagnols en général, mais seulement à la minorité des ultra-nationalistes qui se sont toujours efforcés de liquider le catalan. On peut ne pas aimer le langage utilisé dans l’article, mais en manipuler le texte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas est éthiquement réprouvable.
Sur une base aussi peu fiable, il n’est pas surprenant que la description de la “réalité” catalane proposée par l’auteur ne résiste pas à la critique la plus élémentaire. La thèse centrale de l’article est que, au cours des dernières décennies, la société catalane a été “endoctrinée” par les indépendantistes. Le problème de cette hypothèse est sa crédibilité (plus que réduite). Comment est-il possible qu’un gouvernement régional ne contrôlant qu’une seule télévision et une seule radio parmi des dizaines ait pu “endoctriner” une société aussi ouverte sur l’extérieur que la catalane, où 80% de l’offre télévisuelle provient de Madrid, où deux plus grands journaux de Catalogne sont ouvertement unionistes, et où le système éducatif -dont un tiers est aux mains du privé- suit le programme fixé par les autorités de Madrid ? Est-il seulement possible “d’endoctriner” une population qui dispose de quantité d’information alternative sur ses écrans de téléphone ? Et comment expliquer alors que c’est précisément la population la plus instruite et la plus informée de Catalogne qui soutien massivement le mouvement indépendantiste ? On peut certes trouver de nombreuses explications, mais les théories du complot selon lesquelles une poignée de dirigeants pervers trompent des millions de cerveaux infantilisés ressemblent plus à de l’arrogance coloniale qu’à une explication raisonnable. Mais peut-être s’agit-il précisément de cela pour l’auteur : créer l’image d’un peuple irrationnel, qu’il convient donc particulièrement que les Übermenschen extérieurs continuent de dominer.
En conclusion. Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne est multiséculaire et complexe. Il s’agit d’un défi majeur pour la construction d’une Europe démocratique. Les intellectuels et les médias ont le devoir moral de contribuer à la rendre compréhensible. Ne pas oeuvrer dans ce sens ou contribuer à la diffusion de récits infondés ne nous aidera pas à construire une Europe plus solide, et il va sans dire que dans cette entreprise, nous avons tous beaucoup à perdre.


Sobre diagnòstics, follies i mentides: resposta a l'article de de Le Figaro

El proppassat 21 de febrer, el diari conservador francès Le Figaro va publicar l’article “Pourquoi la Catalogne est devenue folle”de Charles Jaigu. En aquest article, i partint del llibre recentment publicat Le Labyrinthe catalan, de Benoît Pellistrandi, l'autor dedicava una tirallonga d'insults contra els catalans i difonia un conjunt de mentides i falsedats de proporcions tan absurdes que només poden qualificar-se de ridícules. Vaig enviar al diari un article de resposta, amablement traduït al francès per Alà Baylac, amb la intenció que la publicació prengués consciència de la dimensió del problema, però a dia d'avui el rotatiu francès no ha considerat oportú publicar-lo, per la qual cosa, i aprofitant que el portal Catnord digital ha decidit fer-lo públic, opto per difondre'l aquí en català. 


Sobre diagnòstics, follies i mentides

Una analitza de "Pourquoi la Catalogne est devenue folle"
En français
En aquests temps en què els inventors de fake news poden arribar a ser president i fins i tot ser nominats a premi Nobel de la pau, resulta cada vegada més urgent que els mitjans de comunicació que es volen seriosos estableixin sistemes de verificació de les informacions que publiquen. L’escàndol de Claas Relotius, el periodista vedette que ha construït la seva carrera al prestigiós Der Spiegel sobre munts de mentides, palesa, si calia, que fins i tot la premsa més prestigiosa pot arribar a publicar autèntiques absurditats si negligeix el deure de contrastar allò que publica.
L’article “Pourquoi la Catalogne est devenue folle” de Charles Jaigu (Le Figaro, 21 de febrer) és un d’aquells textos que posa en entredit la credibilitat de qualsevol mitjà. El seu problema no és el to prepotent, injuriós i de ressonàncies racistes amb què l’autor es permet titllar de boja, obtusa o sectària la societat catalana. Això, al capdavall, retrata l’autor, no pas el seu objecte d’anàlisi. El problema és que les “dades” que utilitza l’autor utilitza són falses, les citacions que fa són manipulades i les seves interpretacions no resisteixen la més mínima anàlisi.
Pel que fa a les dades, n’hi ha prou amb el primer paràgraf de l’article per constatar que el senyor Jaigu no té ni la més remota idea del que parla. Quan diu que el castellà “est interdit” a les universitats catalanes, senzillament menteix. Ho pot comprovar qualsevol internauta entrant a les webs de les universitats catalanes. Si ho fa constatarà que el castellà no sols hi és oficial, al costat del català, sinó que, de fet, és la segona llengua més usada. Quan Jaigu afirma que “poser une question dans la rue dans la langue de Cervantes vous vaudra des regards courroucés” voreja el ridícul, tenint en compte que d’acord amb totes les estadístiques disponibles, la meitat de la població de Catalunya diu viure habitualment en castellà. Però és que quan afirma “Nulle part vous ne pourrez voir un film en espagnol au cinema”, l’autor se situa en el terreny del deliri. Doni el lector un cop d’ull a la cartellera de Barcelona (per exemple, https://www.guiadelocio.com/barcelona/cine) i constatarà que avui a Catalunya el que resulta difícil és trobar pel·lícules en català. Suposo que no cal continuar. Ni una sola de les “dades” del seu article resisteix el contrast amb la realitat.
Tampoc les citacions que aporta són exactes. Afirma Jaigu que el president català Quim Torra hauria escrit un article on diria [en català]: “: « Les Espagnols sont serpents, vipères, hyènes. Des bêtes à la forme humaine, cependant, qui savourent une haine brillante. (...)”. Què diu, tanmateix, l’original “La llengua i les bèsties” : “Ara mires al teu país i tornes a veure parlar les bèsties. Però són d’un altre tipus. Carronyaires, escurçons, hienes. Bèsties amb forma humana, tanmateix, que glopegen odi.” On és “Les Espagnols”? Enlloc. Per què? Perquè l’article no fa referència als espanyols en general sinó només a la minoria d’ultranacionalistes que s’han esforçat i s’esforcen a liquidar el català. Hom pot desaprovar el llenguatge de l’article, però manipular el text per fer-li dir el que no diu resulta èticament reprovable.
Amb una base tan precària, no sorprèn que el relat sobre la realitat catalana que ofereix l’articulista no resisteixi ni la crítica més elemental. La tesi central de l’article és que al llarg dels darrers decennis la societat catalana ha estat “adoctrinada” pels independentistes. El problema d’aquesta tesi és la seva (escassa) versemblança. Com és possible que un govern regional que només controla una televisió i una ràdio entre dotzenes hagi pogut “adoctrinar” una societat tan oberta a l’exterior com la catalana, on el 80% de l’oferta televisiva arriba des de Madrid, on els dos diaris més importants de Catalunya són obertament unionistes, i on el sistema educatiu —que en un terç està en mans privades— segueix un currículum fixat essencialment per les autoritats de Madrid? Es pot “adoctrinar” una població que disposa de tanta informació alternativa a la pantalla del mòbil? I com s’explica que sigui precisament la població més ben formada i informada de Catalunya la que dona suport massiu al moviment independentista? Segur que s’hi poden trobar moltes causes, però les teories conspiratives segons les quals uns grapat de líders perversos ensarronen milions d’ànimes infantilitzades sona més a prepotència colonial que no pas a explicació raonable. És clar que potser ja es tracta d’això, de crear la imatge d’un poble irracional al qual convé que el manin des de fora els Übermenschen de torn.
Anem tancant. El conflicte entre Catalunya i l’Estat espanyol és multisecular i complex, i constitueix un repte de primera magnitud per a la construcció d’una Europa que es vol democràtica. Els intel·lectuals i els mitjans de comunicació tenen el deure moral de contribuir a fer-lo comprensible. No fer-ho, o contribuir a difondre relats sense fonament no ens ajudarà a construir una Europa més sòlida, i val a dir que, en aquesta empresa, tots ens hi juguem molt.
F. Xavier Vila
Director del Centre de Recerca en Sociolingüística i Comunicació
Universitat de Barcelona

diumenge, 17 de febrer de 2019

Un llibre excepcional d'interès per a qualsevol sociolingüista

Aquest matí he acabat de llegir Factfulness: el món va millor del que et penses. Deu raons que fan que no el vegis tal com és. Un llibre que intenta demostrar que tenim tendència a no entendre bé les grans xifres del món (polítiques, socials, econòmiques), que mira d'explicar per què és així i, encara més interessant, que proposa maneres senzilles de resoldre les nostres mancances. Un llibre que té vocació de ser útil. I he de dir que l'he trobat excepcionalment bo.



El llibre comença amb un test que us recomano molt i molt que feu, perquè estic segur que com a mínim us deixarà perplexos i farà que us qüestioneu moltes coses. I tot seguit es dedica a presentar el que denomina "instints", és a dir, tendències inconscients que guien la nostra interpretació de les grans dades del món. No us vull pas aixafar la guitarra i per tant no us els explicaré, però només mirant-ne l'índex ja veureu que parla de l'instint de la bretxa, l'instint de la generalització, l'instint de la urgència... Tots aquests instints els exemplifica amb casos reals i corprenedors, tot sovint de vida o mort, provinents de camps com ara la salut global, l'ajut als països menys desenvolupats o el canvi climàtic. Us proposo tres paràgrafs del volum perquè us feu una idea del to del llibre:


“Si ens centrem massa en la víctima concreta que tenim al davant, sense tenir en compte les xifres, pot ser que gastem tots els recursos en una fracció del problema i per tant salvem menys vides.” (Rosling, Rosling Rönnlund, i Rosling 2018, 148)

Un altre:


[Parlant de la tendència natural a l'autocomplaença intel·lectual dels especialistes:] “Posa a prova sempre les teves idees favorites per detectar-ne les febleses. Sigues humil pel que fa l’abast de la teva especialitat. Tingues curiositat per si t’arriba nova informació que no encaixa o informació d’altres camps. I, en lloc de parlar només amb gent que està d’acord amb tu, o de buscar exemples que encaixin amb les teves idees, troba’t amb gent que et porti la contrària, que discrepi de tu i que proposi idees diferents, i considera’ls com una font importantíssima per entendre el món.” (Rosling, Rosling Rönnlund, i Rosling 2018, 211)


O encara:


“Ser intel·ligent –ser bo amb els números, o tenir molts estudis, o haver guanyat el Nobel– no suposa cap drecera per al coneixement factual del món. Els experts són experts en el seu àmbit i prou.
    I, de vegades, ni això. Molts activistes es presenten com a experts (...) Gairebé tots els que he conegut, de vegades deliberadament, però majoritàriament sense ser-ne conscients, exageren el problema al qual dediquen tots els seus esforços. (...) Estan tan desesperats per conscienciar la gent, que s’obliden dels avenços que s’han fet.” (Rosling, Rosling Rönnlund, i Rosling 2018, 212-13)
 

Crec que és un gran encert que La Campana hagi traduït aquest llibre al català. Sincerament, si tots els qui treballem en sociolingüística, política lingüística i dinamització de la llengua ens el llegíssim amb calma i n'extraguéssim les lliçons escaients ens estalviaríem un munt de discussions improductives i esgotadores. O sigui que, si voleu un consell, feu-vos un favor i regaleu-vos Factfulness.

PS
Per si algú té sospites, no tinc cap mena de connexió amb La Campana, a banda de ser un lector de molts dels títols que ha publicat.

Referència
 
Rosling, Hans, Anna Rosling Rönnlund, i Ola Rosling. Factfulness: El món va millor del que et penses. Deu raons que fan que no el vegis tal com és. Barcelona: La Campana, 2018.